incoherenceAdmettons que j'ai une idée surprenante pour réduire la consommation énergétique des engins volants. Selon ma conception, il me faut tout d'abord vérifier que je ne réinvente pas la roue (cf. recherche brevets), vérifier que cela a un sens réel (consolider le raisonnement, les moyens de le démontrer et de faire vivre l'idée = pré business plan + montage d'un projet technologique ou pas). Avoir une idée c'est bien, la développer c'est mieux et cette volonté doit faire face aux ressources nécessaires pour y arriver (cf. "on n’innove pas seul"). Le porteur redevient essentiel en ce sens qu'il a cette responsabilité de savoir-vouloir faire émerger cette idée seul, en groupe, dans une collectivité. Que veut-il en faire ? Pas de réponse toute faite, suivant son statut: salarié, indépendant, public/privé ... A-t-il les compétences pour savoir guider toutes les composantes de son projet ? Dans la majorité des cas, non ... Faut-il attendre de les acquérir personnellement ou faut-il s'associer, et si oui dans quelles conditions et avec quelles limites (idée des accords de consortium et de propriété intellectuelle et industrielle). Choix personnel encore à ce niveau.

Prise de risqueJ'ai maintenant structuré et validé un projet de développement de mon idée. Comment vais-je la vendre et donc pouvoir convaincre les financiers de me donner les investissements nécessaires préalables à la rentabilité de mon projet (à supposer qu'il soit industriel). La pré-étude de marché sur la faisabilité, le montage du projet vont se heurter à la réalisation de tout projet innovant ou de recherche. L'incertitude des résultats atteints qu'ils soient liés à une incertitude technologique, technique ou organisationnelle (la fameuse levée des verrous technologique des projets de recherche académique). S'il y a bien quelque chose que les banquiers ont en horreur, c'est bien la notion de risque non calculé. S'il s'agit d'attendre et de murir, de peaufiner une idée il n'y a pas trop de problème à leur niveau quand le porteur (encore l'individu) leur parait être à la hauteur des enjeux pris. Même si tous les financeurs ont une notion de risque différente, ils sont tous liés à un retour sur investissement propre au risque pris (tout comme vous quand vous placez votre épargne i.e. que vous investissez dans une banque, vous voulez avoir le meilleur rendement pour le minimum de risque et la possibilité de vous désengager la plus souple possible ...). Là encore l'individu prime pour savoir quels sont les compromis qu'il est prêt à accepter.

ou vais-jeJe développe mon projet enfin ! Mais ce que je trouve en la développant pratiquement exige des apports non prévus, des aléas (non prévisibles par essence) et des réajustements qui renforcent l'idée ou l'affaiblissent. Que faire poursuivre contre vents et marées, coute que coute ou savoir arrêter une voie sans issue ? Je ne suis plus seul dans la prise de décision et les financeurs (argent, soutiens, clients potentiels ...) "poussent" ... On est alors dans une logique plus d'entreprise, personnelle ou partagée. Et on revient au profil du porteur de projet ... Que faut-il faire? Temporiser et réinvestir pour dépasser la problématique, revoir ses prospects, revoir son marché et s'assurer que la "bonne idée" initiale est toujours aussi bonne ? On peut continuer la logique au travers de l'industrialisation, de la production, de l'introduction sur le marché (pourtant déjà étudiée en phase préliminaire) et la problématique du cycle de vie de cette idée (garantie, SAV, évolutions ...).

defiTout ceci montre qu'innover n'est qu'une facette de la problématique à lever. Les bonnes questions seraient plutôt dès le début de dire: Où suis-je. Qui suis-je ? Que puis-je faire avec les moyens actuels ou que je pense pouvoir acquérir ? Où suis-je un peu faible et suis-je prêt à partager ? Jusqu'où ? Qu'est-ce que je cherche ? Argent, reconnaissance, profit direct / indirect ... ? Et enfin que suis prêt à investir moi-même (temps, argent, motivation ...) ? On revient toujours sur la personnalité du porteur et sur son environnement.

Proposer, chiffrer et conduire l'innovation proposée est un début. Sinon la perte en ligne (contenu, résistance extérieure, volonté d'aboutir ...) est trop grande par rapport à l'inévitable inertie des systèmes et de leur aversion au risque. Sur 2 cas d'espèces classiques, à savoir un salarié / secteur réduit / temps disponible limité et un chef d'entreprise / global / pas le temps nécessaire pour faire soi-même, on perçoit intuitivement que les réponses ne peuvent pas être les mêmes et que l'innovation de l'un n'est pas l'innovation de l'autre, puisque les intérêts de l'un ne sont pas forcément les intérêts de l'autre. C'est peut-être bien sur ces dernières questions que réside la valeur essentielle du développement de l'innovation : Innover quand les intervenants dans la chaine de valeur ont les mêmes objectifs (résultats, bénéfices ...) que la structure dans lesquels ils fonctionnent ? Et s'il fallait revoir la question de l'implication et de la reconnaissance employé-structure ou celle de la structure de la chaine d'innovateurs ?